vendredi 24 novembre 2006
L'écologie industrielle au "Grand 8"
Par Sugus, vendredi 24 novembre 2006 à 17:17 :: Un peu plus loin

Ou pourquoi nous ne nous contentons pas d'accumuler des cacahouètes en été pour les manger en hiver!
Jusqu'à ce matin l'écologie était pour moi le versant poétique d'un système très manichéen. D'un côté : salades bio, air pur, panneaux solaires... De l'autre côté : économie, industrie, croissance.
Le Grand 8 de ce matin à la Radio Suisse Romande est venu brouiller les cartes.
Le thème : L'écologie industrielle.
La question : Peut-on être productif et écologique?
S'y collaient : Suren Erkman, professeur à l'Université de Lausanne, Paolo Baracchini, consultant et chargé de cours auprès de l'EPFL, Gerald Hess, éthicien à l'Université de Lausanne et Jan Marejko philosophe.
Et ce fut passionnant!
On oppose souvent "développement durable" et "développement économique". Mais le développement durable fait partie de la stratégie-même du développement économique. Beaucoup d'entreprises voient que leur survie à long terme passe par des questions d'environnement, elles vont y aller parce que là est leur intérêt, et beaucoup d'entre elles commencent à y aller.
On va vers une optimisation des ressources nécessaires à l'entreprise, dans le but d'augmenter la compétitivité économique. La notion de profit est en train de se complexifier et de s'élargir en intégrant des notions d'environnement et de développement durable. Le profit ne se limite pas à une notion de bénéfice en cash net. L'entreprise cherche aussi à s'éviter des complications, s'éviter de futurs procès, se faciliter l'accès à des prêts bancaires ou des polices d'assurance par une attitude proactive et non seulement réactive.
Il est important de voir ce qu'il y a derrière cette notion, ce désir de "croissance", car l'être humain est ainsi fait. Il ne peut pas se satisfaire de survivre dans son environnement. Sinon depuis des millions d'années il accumulerait des cacahouètes en été pour les manger en hiver. Qu'allons-nous faire de ce désir d'infini en nous, de ce besoin d'aller toujours plus loin? Autrefois ce désir d'infini se traduisait par des activités religieuses. Aujourd'hui le désir d'infini devient un combustible de la croissance et alimente la machine économique.
Depuis la révolution industrielle le système économique flatte l'égo et le narcissisme, il encourage à aller toujours plus loin dans ce qu'on peut désirer en utilisant beaucoup de ressources matérielles. Toutes les sociétés humaines ont posé des limites aux désirs de l'individu. Le principe de réalité oblige à renoncer à son fantasme de toute-puissance. Les limites à la croissance sont physiques (ressources) et aussi culturelles et anthropologiques : une société qui passerait son temps à flatter son désir d'absolu au sens d'un moi sans limites et débridé, n'est pas viable. Si la vie c'est la maximisation de la jouissance on ne fera plus d'enfants!
Ce qu'il y a de frappant c'est que le pouvoir et le discours politiques s'articulent uniquement sur la croissance. Comment voulez-vous être élu si vous ne promettez pas une amélioration de la qualité de la vie et donc de la croissance? Les politiques sont en retard de 20 ans par rapport aux entrepreneurs.
Les entreprises ont compris qu'il peut y avoir croissance et utilisation raisonnable des ressources. Les responsables d'entreprises sont aussi des citoyens qui souvent se posent des questions éthiques et fondamentales concernant leurs responsabilités sociales, ce ne sont pas des gens mus uniquement par le profit. Beaucoup sont intéressés par un cadre qui leur permette à la fois d'être viable sur le plan économique et de respecter un développement durable.
Intégrer les enjeux écologiques fait partie d'une prise de conscience stratégique.
Le site de la Conférence de l'UNIL-EPFL sur l'écologie industrielle
Le site du workshop de l'UNIL sur les frontières de la recherche en écologie industrielle



