samedi 4 février 2006
Deux générations pour fonder un empire et la troisième pour le dilapider ou la saga Suchard
Par Sugus, samedi 4 février 2006 à 16:55 :: Serrières

Il est une théorie dans le domaine des entreprises familiales: le père fonde, le fils gère, le petit-fils dilapide. L'histoire de la famille Suchard confirme cette théorie.
Le patriarche Louis-Philippe Suchard (1797-1884), descendant de réfugiés huguenots, protestant, franc-maçon, représentatif du courant progressiste de l'époque qui aspirait à sortir du marasme économique et culturel. Il s'intéresse à tout: élevage du ver à soie, navigation, indiennes (soies imprimées) et bien sûr chocolat. Homme génial et quelque peu fantasque, à l'âge de la retraite, de retour d'un tour du monde, il se fait construire un minaret
La petite histoire raconte qu'"âgé de 12 ans, le jeune Philippe Suchard entre dans une pharmacie de Neuchâtel et y achète une livre de chocolat pour sa mère malade. Ce précieux fortifiant coûte 6 francs, ce qui correspondait alors à trois salaires quotidiens d'un ouvrier!" source. Ce chocolat fait merveille, ce qui lui donne l'idée d'ouvrir en 1825 une confiserie à Neuchâtel, et en 1826 la fabrique de Serrières. Entreprise familiale, à ces débuts très artisanale.
C'est Karl Russ-Suchard, d'abord employé et qui devint son gendre en épousant sa fille Eugénie, qui prit en main le développement commercial de l'entreprise et lui donna l'essor que l'on sait. Entreprise familiale gérée de manière paternaliste: le bien-être des employés contre une fidélité sans faille à l'entreprise.
Les choses se gâtèrent avec le petit-fils Willy, grand amateur d'art, mécène, et accessoirement chocolatier à ses heures perdues disait-il! Il céda des actions en mains étrangères, il y eut de sombres conflits familiaux qui débouchèrent sur un procès retentissant.
Cette histoire est racontée dans: "Suchard: entreprise familiale de chocolat, 1826-1938: naissance d'une multinationale suisse" par Claire-Aline Nussbaum et Laurent Tissot (édition Alphil)
Les auteurs s'exprimaient aujourd'hui dans l'émission La Smala de Florence Farion, c'est de leurs propos que je me suis inspirée.
