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vendredi 24 février 2006

Le monde dégringole ou "Les notes d'un passant"

À l'occasion de son 125e anniversaire L'impartial publie des pages de ses anciens numéros. Pendant des années le Père Piquerez y a tenu une sorte de blog avant l'heure, un billet presque quotidien intitulé "Notes d'un passant". Le vendredi 7 août 1925, citant partiellement le philosophe Abel Bonnard, il écrivait:

"Le monde change et subit de vastes écroulements. Qu'on pense à ce que la vie sociale était il y a quelque trente années. Elle échappait en grande partie au pouvoir de l'argent. Beaucoup de politesse, beaucoup de services n'étaient pas payés. Le sourire était comme une monnaie supérieure qu'échangeaient les gens de condition différente, enveloppés cependant dans la même harmonie sociale. Aujourd'hui il n'est presque plus de bon office qui ne doive être reconnu par une récompense matérielle, et l'argent domine tout. Il est bien d'autres traits qu'on ne peut nier. L'affaiblissement de la conscience professionnelle en est un. On peut en citer d'autres. Le respect dont les vieillards étaient entourés aura bientôt disparu. Dans la lutte sociale, aussi âpre qu'elle est devenue, le plus vieux n'est que le plus faible et on le lui fait sentir.

On avait cru que les robes courtes pour les femmes et les cheveux courts n'étaient que des modes. Ce sont des changements décisifs, il est probable qu'on ne reverra plus les cheveux longs, ni les robes longues. Un certain type de femmes s'exile, quitte le présent, se retire dans les oeuvres des romanciers et des poètes. Tandis qu'abonde autour de nous la petite compagne trop leste, sans réserve et sans mystère, qui n'est si vaine (?) de l'égalité qu'elle croit avoir conquise, que parce qu'elle n'aperçoit pas encore l'infériorité où elle va tomber. Nous tombons d'une société policée à une société primitive et le mot même de civilisation ne désignera bientôt plus que l'organisation rudimentaire de quelques instincts.

Cheveux courts... robes courtes... masculinisme d'allures et d'idées chez les femmes. Préoccupation d'argent... d'auto et de benzine chez les hommes. Au dancing ça se réunit et tout tourne sur une musique de nègre! Par le temps qui court, c'est bien le monde qui dégringole..." (benzine = essence)

Le Père Piquerez

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samedi 11 février 2006

Jacques-Louis de Pourtalès

Pourtalès. Pour les neuchâtelois c'est un hôpital, le nouvel hôpital. D'où vient ce nom de Pourtalès?

Les choses commencent au 18e siècle dans un village cévenol où vit un illustre négociant protestant, Jérémie de Pourtalès. Ses affaires le conduisent à Lyon, puis à Genève où il s'initie aux arcanes de la banque. Il s'installe ensuite à Neuchâtel dont il reçoit la bourgeoisie. L'aîné de ses huit enfants - celui qui nous intéresse - se nomme Jacques-Louis, né à Genève en 1722. Il se forme au négoce dès son plus jeune âge et se spécialise dans les mathématiques, la géographie, l'histoire et les langues. Il voyage, ses entreprises prennent une envergure internationale, il devient un des plus grands négociants de l'époque.

"Jacques-Louis ne tient pas en place, son tempérament et son désir de tout contrôler sur le terrain des échanges internationaux le poussent à passer d'une malle-poste à un navire, à la recherche de transactions profitables. Ce négociant infatigable, se muant en banquier selon la nécessité, ne cesse d'étendre et de cultiver un réseau de relations avec une rare maîtrise de ce que l'on nomme aujourd'hui les relations publiques". Il va jusqu'à supprimer le repas de midi pour ne pas perdre la meilleure partie de la journée. "Pendant que les autres dînent, j'opère!" disait-il.

Entre deux voyages Jacques-Louis trouve le temps d'épouser Rose-Augustine de Luze de trente ans sa cadette et de lui faire six enfants.

Durant les rares journées qu'il passe à Neuchâtel, il se fait l'officiant du culte pour sa famille et le personnel de maison, lisant la Bible et entonnant les psaumes selon la tradition des huguenots.

A la fin de sa vie il fait don à la ville de Neuchâtel d'un hôpital de trente lits, destiné aux pauvres sans distinction de religion ou d'origine. L'hôpital d'un coût de 700 000 francs fut inauguré en 1811. Jacques-Louis de Pourtalès meurt en 1814 à l'âge de nonante-deux ans. Une rue porte son nom depuis 1880.

Source: "Biographies neuchâteloises - De St-Guillaume à la fin des Lumières" tome 1

Photos: Hôpital de Pourtalès hier et aujourd'hui. Jacques-Louis-de-Pourtalès par Aurèle Robert

mercredi 1 février 2006

Un look d'enfer!

abendmahl

Gonzague Saint Bris était hier l'invité d'Alain Maillard, à l'émission Recto Verso de la Radio suisse romande, au sujet de son livre L'Enfant de Vinci. Il raconta cette histoire.

La Cène fut commandée à Léonard de Vinci par un mécène, Sforza, Duc de Milan. "Il faut que tu peignes la Cène, traître compris. Tu feras la fresque au couvent Sainte-Marie-des-Grâces et tu as deux mois pour la faire!" Il le paya d'avance.

Deux mois après Léonard n'avait toujours rien fait. Sforza le convoqua et lui dit: "Tu te fous de ma gueule ou quoi?
- Attends Sire, il faut que je trouve un type assez beau pour faire le Christ!" Une semaine après il le trouva.

Deux ans après, la Cène n'était toujours pas terminée. Convoqué par Sforza furieux, il expliqua: "Tu comprends il faut que je trouve un type qui ait assez sale gueule pour faire Judas, et je ne perds pas mon temps!"

Léonard chercha dans les bas-fonds de la ville, dans les bordels, les auberges de vin et de vice. Il trouva là un type qui avait un look d'enfer, la gueule de travers, l'oeil mauvais. "Toi, est-ce que tu veux poser pour moi? Je voudrais que tu fasses Judas." L'homme eut un mouvement de recul.
- Non! ça je ne peux pas faire, ne me demande pas ça!
- Et pourquoi tu ne peux pas?
- Parce que c'est moi, il y a deux ans, à qui tu as demandé de faire le Christ!