vendredi 2 mai 2008
La petite Mérette
Par Sugus, vendredi 2 mai 2008 à 21:51 :: Histoire et histoires
C'est l'histoire d'une petite fille dont la mère était morte, son père s'était remarié. En ce temps-là les petites filles n'avaient point la liberté de croire, elles devaient croire. Ou plutôt répéter des paroles, entrer dans des pratiques auxquelles le plus souvent elles ne comprenaient rien. Alors elles se soumettaient comme il sied aux petites filles de bonnes familles, elles s'interdisaient de réfléchir, de choisir.
Mérette n'est pas de celles qui répètent le catéchisme comme un perroquet. Elle ne peut croire en ce Dieu qui lui a pris sa maman, et elle le dit. Les prières, les cantiques, rien pour elle. Pour son bien on la place à la campagne, chez un ecclésiastique censé faire son éducation religieuse. La fille est jolie, vive et intelligente, mais rebelle, sauvage. Elle adore la nature, ensorcelle dit-on les hommes et les oiseaux. Réfractaire au catéchisme on la trouve dansant nue dans les bois. Punitions, privations, sévices, enfermement, rien ne parvient à faire plier Mérette accusée de commerce avec le diable, de sorcellerie. Le père qui a renoncé à revoir sa fille perdue, commande un portrait souvenir. On la voit portant un crâne d'enfant. Lamentable histoire qui se termine par la mort de Mérette.

C'est Gottfried Keller qui raconte ce récit "Das Meretlein" dans Henri le Vert. Fiction? Fait divers réel? Sans doute les deux. Il dit avoir été frappé par ce portrait de 1623 "Das Meretlein"[1] Il dit aussi avoir eu connaissance du journal d'un ecclésiastique, avoir été frappé par une tombe d'enfant au cimetière de Glattfelden. Mais les dates ne correspondent pas. La Mérette du récit de Gottfried Keller est plus âgée que celle du portrait.
Corinna Bille a aussi été touchée par le tableau, elle a aussi lu le journal de l'ecclésiastique. La "Mérette" de Corinna Bille s'appelle Émerentia elle vit dans le Valais catholique du 18ème siècle.
La Mérette de Jean-Jacques Lagrange vient d'une famille protestante de Neuchâtel au 19ème siècle. Le film (1982) est tourné en Romandie et c'est la délicieuse Anne Bos qui tient le rôle de Mérette. Toujours la même histoire jusque dans les détails, jusque dans ce portrait avec le crâne d'enfant. Le film peut être vu ici dans les archives TSR. Il est tout simplement bouleversant!

La Mérette du film est tellement vivante, elle dit Dieu, elle respire Dieu par son corps, par son esprit. Et c'est parce qu'elle connaît intuitivement Dieu qu'elle ne peut admettre une contrefaçon. Mais attention, les choses ne sont pas simples. Il y a des Mérette naturellement portées vers le spirituel, que des parents bien intentionnés "cassent" en voulant les contraindre à l'athéisme. L'anticléricalisme peut lui aussi être destructeur. Et que dire de toutes ces Mérette d'aujourd'hui, assoiffées de sens comme le sont tous les enfants, et qui ne trouvent en réponse que matérialisme, absurde et non-sens. Tu seras une séductrice consommatrice ma fille ! Hors du système pas de salut !
Mérette représente toutes les filles, de tous les milieux, de toutes les époques, victimes des idéologies, du fanatisme et de l'intolérance.
Le film Mérette peut être vu ici ainsi qu'une interview du réalisateur et de la jeune Anne Bos.
Illustrations :
En haut : huile "Das Meretlein", portrait datant de 1623.
À droite : Anne Bos jouant "Mérette" et Jean Bouise interprétant le pasteur Magnoux dans le film de J.-J Lagrange.
Notes
[1] Huile peinte sur le revers d'une planche à échecs, trouvée dans le grenier d'un presbytère. Le tableau est actuellement à la Bibliothèque centrale de Zürich.




