Lorsque Nestlé voulait commercialiser l'eau de Bevaix
Par Sugus, mercredi 2 juillet 2008 à 17:01 :: Neuchâtel canton :: lien permanent 957
Les habitants de Bevaix ont la chance de disposer d'une eau d'une excellente qualité. Elle provient exclusivement du puits de Treytel et ne nécessite aucun traitement.
Nestlé s'y intéresse. Début 2001 la firme dépose une demande de concession auprès des autorités cantonales et communales. Nestlé veut commercialiser l'eau de Treytel sous l'appellation "Aquarel", eau destinée à alimenter les fontaines à eau. Quantité : 2’000 m3 par année dans un premier temps, 20’000 m3 à terme. Création de 4 à 10 postes de travail à Bevaix. Demande de concession pour une durée de 20 à 30 ans. Les autorités font bon accueil à la demande.
Attac-NE décide d'informer la population de Bevaix. C'est "Chez Gégène" que cela se passe. L'opposition s'organise : Contre la mainmise sur l’eau potable par des multinationales. On est en septembre 2001. En octobre se tient un stand d’information en ville de Neuchâtel. Face à l'opposition populaire Nestlé retire sa demande.
Extrait d'un communiqué daté du 22 janvier 2002 :
"C'est avec une grande satisfaction qu'Attac-Ne a pris connaissance du retrait de la demande de Nestlé pour obtenir une concession d'eau à Bevaix."
"Plus de 120 citoyens ont envoyé une lettre d'opposition à la demande de concession d'eau de Nestlé auprès de l'Etat de Neuchâtel. A ce jour, le Château n'a donné aucune réponse à ces diverses oppositions..." (lettre d'opposition au bas).
Cette histoire est un exemple des tentatives de grandes multinationales de puiser dans les réserves publiques d'eau potable pour la commercialiser. Heureusement les Suisses sont encore attachés à leur eau et ils ont raison! Des récents travaux sur le puits de Treytel ont obligé les habitants de Bevaix à s'approvisionner... à St-Aubin. Source. Heureux qu'ils n'aient pas dû acheter des bouteilles Nestlé!
Cette histoire est aussi l'exemple d'un parfait non-sens. Imaginez une firme, un médecin, une banque du littoral neuchâtelois qui installe une fontaine à eau, alimentée avec de l'eau "Aquarel". L'eau de Treytel aurait été transportée sur le lieu d'embouteillage (où?), pour être retransportée ensuite par camion sous forme de bonbonnes, pour alimenter une fontaine à eau de Neuchâtel... en eau du robinet de Bevaix!
De plus, la bonne eau de Treytel risque bien d'y avoir perdu sa qualité et sa fraîcheur. Voir Fontaines à eau ou fontaines à bactéries? ABE a testé. Pourquoi pas un robinet et des gobelets à la place des fontaines à eau?
Martouf informe qu'en 2005, la ville de Neuchâtel a vérifié la qualité de l'eau des fontaines à bonbonnes de l'administration. L'eau analysée contenait environ entre 3000 et 400'000 colonies de germes aérobies mésophiles par ml alors que la norme pour les réseaux d'eau est un maximum de 300 par ml. Cette eau ne passerait pas les tests auxquels l'eau du réseau public doit faire face! Rapport complet.
J'ai trouvé l'histoire de l'or bleu de Bevaix dans Attac contre l'empire Nestlé... oui le fameux bouquin qui a valu à Attac VD d'être espionné par Nestlé! En vente pour 10 francs.
Dossier L'or bleu de Bevaix.
Pour la santé et l'environnement: l'eau du robinet.
Photo en Creative Commons, Greg75.
Lettre au Conseil d'État :
Monsieur le Conseiller d'Etat,
Agissant dans le délai fixé par l'avis de mise à l'enquête paru dans la Feuille officielle du 12. 09. 2001, je me permets de vous faire part de mon opposition à la demande de concession du Groupe Nestlé pour le prélèvement d'un contingent d'eau minérale sur le puits de Treytel, propriété de la commune de Bevaix.
Dans le canton de Neuchâtel, nous avons la chance de posséder des ressources en eau potable en quantité appréciable et, tout particulièrement à Bevaix, d'une qualité remarquable. Cette chance, nous la devons à la nature bien sûr mais également à la clairvoyance de nos ancêtres qui ont prévu que les principales ressources en eau du canton devaient constituer un bien public inaliénable.
Convaincu(e) que la demande de concession du groupe Nestlé s'inscrit dans une politique à long terme de privatisation de l'eau potable, j'estime qu'il est de notre devoir d'empêcher qu'un bien public puisse ainsi se transformer en marchandise: c'est une question de respect pour les générations futures et même de survie pour toutes celles et ceux qui, aujourd'hui déjà, n'ont pas accès à l'eau potable.
Indépendamment de ces questions de principe, je constate que l'eau de la nappe située sous la commune de Bevaix a déjà été concédée à cette commune pour la distribution publique d'eau de consommation au sens de l'article 34 de la Loi sur les eaux; il me paraît dès lors logiquement et juridiquement exclu que la même eau soit concédée à un privé pour être commercialisée sous forme d'eau minérale sous l'angle de la Loi sur les mines et carrières. Cela me semble d'autant plus évident que le prélèvement s'effectuerait en l'occurrence à partir du seul puits de Treytel, entraînant ainsi la violation de l'interdiction faite à la commune de céder la concession dont elle est titulaire (article 39 de la Loi sur les eaux).
Demeurant dans l'attente de votre décision, je vous prie d'agréer, Monsieur le Conseiller d'Etat, mes respectueuses salutations.

