Bibliothèques publiques, scientologie et censure
Par Sugus, dimanche 1 juin 2008 à 17:38 :: Neuchâtel canton :: lien permanent 908
Il m'arrive de me faire interpeller, place Pury, par un gentil scientologue qui me veut du bien. Il m'arrive aussi de découvrir derrière ma porte, deux gentils mormons et leur vérité, chemises blanches, sourire et accent américain en prime.
Sectes! Tout est dit, un seul mot suffit au préjugé social, je sais ce que je dois penser.
Si je refuse cette dictature du penser socialement correct, il se peut que je souhaite connaître, juste tenter de comprendre. M'approcher de ces mouvements? trop impliquant, peuvent être collants les gentils convertisseurs! La librairie? pas sûr que le Livre de Mormon devienne mon livre de chevet! La bibliothèque! Peut-être même le bibliothécaire saura-t-il m'orienter dans la vaste production de Ron Hubbard?
Pas à la Bibliothèque de la Chaux-de-Fonds! "Vous ne trouverez chez nous aucun livre de Ron Hubbard, ni d'aucune secte, et très peu de choses sur l'ésotérisme, quand bien même il existe un public!" Le directeur Jacques-André Humair qui me veut du bien en a décidé ainsi et l'affirme dans l'Impartial d'hier. "Et le rôle d'information de toute bibliothèque?" ose le journaliste? "Nous n'avons pas à être le levier de diffusion d'une secte ou de quelque idéologie que ce soit, mais plutôt le rempart."
À Monsieur Humair je dirai que l'idéologie on n'y coupe pas, la culture est idéologie. Classer un livre dans "sectes" et l'autre dans "autres religions", comme mentionné par Julie Greub dans l'article, est déjà préjugé idéologique. Le remède contre les idéologies? une offre aussi large et ouverte que possible. Le nécessaire discernement des bibliothécaires devant s'exercer dans le sens d'un juste équilibre de l'offre et non d'une censure.
"En tant que directeur, j'estime avoir une responsabilité éthique, morale, tant sur le contenu que sur la qualité des ouvrages que nous proposons." Cette phrase me fait frémir! Une bibliothèque financée par les contribuables peut-elle décider à leur place de ce qui est bon pour eux. Aujourd'hui on écarte Ron Hubbard. Et demain? Le Coran? L'homéopathie? Castaneda? Selon la sensibilité des directeurs... et peut-être un jour des politiques!
Une petite visite au RERO me fait découvrir plusieurs ouvrages, précisément de Ron Hubbard ainsi que le "Livre de Mormon" dans le catalogue de la Tchaux. Les "nombreux filtres du processus d'acquisition" laissent passer "des choses"... ce qui est plutôt rassurant!
L'article des journaux L'Impartial - L'Express "Les scientologues mettent le paquet" concerne un envoi aux bibliothèques de 16 kg de livres scientologues, avec contacts insistants pour que ces bouquins figurent en bonne place sur les rayons. L'article n'est pas accessible en lecture libre. Les bibliothèques publiques n'ont bien-sûr pas à devenir des succursales de la scientologie, là n'est pas mon propos. Juste mettre à disposition les ouvrages fondateurs de référence des mouvements ayant une certaine importance, une certaine visibilité.
La "question du jour" du journal est : Les bibliothèques doivent-elles refuser les livres de scientologie? Vous pouvez voter.
Illustration : bibliothèque d'une "maison de poupées" exposée à Suisse Toy 2007, Berne.

