coeur

J'écoute parfois la Ligne de coeur. Respect et merci à ceux qui offrent ainsi une tranche de leur vie.

Plusieurs, à l'âge où d'habitude on fait le bilan de sa propre vie, plusieurs en sont encore à faire le bilan de celle de leurs parents. En sont encore à attendre... quoi? Des excuses. Reconnaître que... Ou que papa-maman leur disent enfin "je t'aime". Comme si cela se faisait de dire "je t'aime" à ses enfants milieu 20e siècle! L'être parent se conjugue de mille manières selon le vécu, l'époque, la culture. L'être parent d'hier, celui d'avant-hier surtout, n'était pas l'être parent d'aujourd'hui.

L'être parent d'avant-hier impliquait certaine distance. La tendresse parentale prenait souvent des formes austères : devoir, apprentissage du travail, des bonnes manières. À trois ans l'enfant savait déjà qu'il ne posséderait jamais ses parents! Et comme c'était la norme il ne pensait même pas que cela aurait pu être. Il se construisait tant bien que mal par lui-même. Il se construisait grâce à..., ou malgré, c'est selon. C'était une époque.

Ensuite il y eut mai 68, époque de transition. Être parent se cherchait entre rigueur et laxisme, être parent parfois ne s'est pas trouvé. Mais peut-il se trouver?

L'être parent d'aujourd'hui tend à bannir toute distance. C'est le règne de la proximité, entre adultes aussi. Du grand mélange des corps et des sentiments. Possessions réciproques ou tentatives, les familles peinent à poser les limites... et parfois cassent. On reste englué, ou on grandit. C'est souvent seuls que les enfants doivent se guérir du délire de la toute-puissance. Et lorsqu'ils y parviennent ils se construisent, et se construisent plutôt bien. Grâce à..., malgré, c'est selon. C'est une époque.

Je m'interroge. Les enfants d'aujourd'hui, parvenus à l'âge où normalement on fait le bilan de sa propre vie, quel bilan feront-ils de celle de leurs parents ?

Photo notme2000