Dire la vérité au malade
Par Sugus, vendredi 28 septembre 2007 à 11:31 :: Les choses de la vie :: lien permanent 697
L'histoire se passe dans un établissement hospitalier vaudois. Un patient atteint d'un cancer au pronostic... "difficile". Autour du malade ses enfants, son conjoint, l'équipe soignante au complet - qui d'autre encore était convoqué ce jour-là? - beaucoup de monde. Sujet du colloque : le malade et sa maladie. Et le verdict tomba. Exprimé avec tact et humanité, mais il tomba comme un couperet : il ne restait au malade que quelques semaines de vie. C'était en février.
Nous sommes fin septembre, le malade et sa maladie sont toujours là. Avec des hauts et des bas. Des bas qui font penser que c'est la fin. Presque normal, la résignation est déjà là. Et des hauts où la machine repart, et on est presque étonné, et on hésite à se réjouir.
Il fut un temps où pour le préserver (et pour nous préserver!) on refusait la vérité au malade. "Ne t'inquiète pas, ça va aller mieux!". Le malade souvent sentait, parfois savait. Il aurait voulu parler vrai mais n'osait pas. Et l'on s'enferrait dans d'hypocrites "comme si".
Aujourd'hui il faut dire la vérité. Mais quelle vérité? Qu'est-ce qui permet de dire qu'un malade n'en a plus que pour quelques jours, quelques semaines, quelques mois? Des statistiques? Mais les valeurs statistiques ne reflètent que la vérité des grands nombres, l'humain lui est unique!
On connaît bien l'effet placebo effet bénéfique lié à la confiance que le malade accorde à son médecin, à un médicament, confiance en la vie. Son contraire est l'effet nocebo effet malfaisant de quelque chose que l'on croit devoir nous nuire, indépendamment de sa capacité de nuisance.
Je m'interroge : quels effets délétères ces pronostics couperets - quelques semaines, quelques mois - ont-ils sur le patient?
Justement un "haut" offre quelque répit au malade cancéreux qui regagne son domicile. Bonheur de se retrouver chez soi. Lors de sa première visite, le médecin compatissant qui passe régulièrement remet la compresse : il ne faut pas s'attendre à une guérison. Douche froide. Gros malaise du conjoint. C'était il y a juste 2 jours. De quel droit fait-on cela? Au nom de quelle vérité? de quelle idéologie?
Le patient a bien-sûr droit à la "vérité"... lorsqu'il la demande. Mais la Vérité précisément n'oblige-t-elle pas à un peu d'humilité? Car que savons-nous de ce qui se joue dans la vie d'une personne? Que savons-nous de la vie et de la mort au-delà de ses aspects "mécaniques"? Les médecins ne pourraient-ils pas juste laisser les choses ouvertes?
