train

C'était hier, dans le train. Ambiance électrique. Une classe, je leur donne 12-13 ans d'âge. Le prof, sympa et posé, du genre "gardons notre calme", debout dans le couloir. Tentative de maîtriser de sa forte silhouette... quoi au juste ? Car le jeu qui se joue est subtile et pernicieux. Dépasser les limites juste assez pour provoquer, et protester ensuite aux réprimandes avec des airs de martyrs innocents, cela dans un climat d'impertinence et de franche rigolade.

Cela va de la bouteille de coca fortement agitée avant ouverture : "mais m'sieur j'ai bien le droit de boire si j'ai soif!", aux détritus qui fusent : "c'est injuste, c'est pas moi!", aux bousculades : "m'sieur y m'a fait mal", aux grimaces derrière le dos du prof après avoir détourné son attention : "m'sieur r'gardez là-bas, les autres y s'bagarrent!".

Le ton monte parfois, toujours calme et posé, visant à faire ramasser un papier ou ôter les pieds de dessus la banquette. Les gosses s'exécutent en protestant, mais déjà d'autres provocations fusent. Les remontrances sont impuissantes face aux ricanements et aux regards de connivence impertinente. Les gosses se foutent de lui ouvertement, le prof fait semblant de ne rien voir. Je souffre pour lui.

Quelques élèves sont assis à l'écart. Je ne les avais pas remarqués, ils ne participent pas au bordel ambiant, n'occupent pas le terrain. Brusquement quelques filles provocantes et faussement effarouchées dans leurs jeans/pulls moulants, se précipitent sur le prof : "M'sieur ça pue! Ils - les garçons - le font exprès!" En effet une odeur nauséabonde envahit le compartiment dans un ricanement général. Le prof lève les épaules avec impuissance.

Sortie du tunnel, arrivée à la Tchaux, je me lève et m'approche de la porte pour tenter une sortie avant la meute. C'est comme si j'avais donné le signal du départ. Tous se retrouvent debout prétextant chaque aiguillage d'entrée de ville pour tomber innocemment les uns sur les autres et se pousser : "t'es fou, tu m'as fait mal!" J'entends la voix du prof, loin derrière la meute, largué, impuissant !