Histoire d'amour, histoire de mort : l'assistance au suicide
Par Sugus, mercredi 4 juillet 2007 à 21:08 :: Suissitude :: lien permanent 607

L'histoire remonte à une époque où l'on ne badinait pas avec la morale. Un jeune militaire amoureux commit le très grand péché d'obéir aux lois de la nature. Ce qui devait arriver arriva, la belle tomba enceinte. Les détails de l'histoire ne sont pas connus, mais à l'époque on ne badinait pas avec ces choses! Ce que l'on sait, le militaire désespéré emprunta l'arme d'ordonnance de son copain et se tua.
Prêter une arme n'est pas anodin, et l'ami dût répondre de son acte devant la justice. Il fut acquitté, car il ressortit du procès qu'il avait agi sans aucun mobile égoïste. Cette histoire fut à l'origine de l'article 115 qui fut introduit au nouveau Code Pénal de 1942.
Art.115: Incitation et assistance au suicide.
Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
Jamais le législateur de l'époque n'eut pu imaginer la pratique qui allait trouver justification dans cet article, ni l'ampleur internationale que prendrait l'affaire.
Pendant de longues années cet obscur article n'intéressa personne. Puis les mentalités évoluèrent. Dans le milieu du 20e siècle une nouvelle revendication se fit entendre : le droit de pouvoir choisir le moment et les modalités de sa mort. En 1982 naissait EXIT, Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. EXIT se mit à proposer l'assistance au suicide[1] pratiquée par des bénévoles, destinée à des personnes capables de discernement, ne pouvant plus supporter leurs conditions de vie (souffrances physiques et psychiques).
Un certain émoi s'empara de la société. Un débat eut lieu au Conseil National le 11 décembre 2001, et un vote du parlement confirma que l’assistance au suicide est possible hors de tout mobile égoïste.
Bientôt des candidats débarquent de toute l'Europe et l'association Dignitas à Zürich se spécialise dans l'accueil de ce tourisme d'un genre très particulier. La réputation de la Suisse est faite, on peut y obtenir en toute légalité potion létale, lieu d'accueil et accompagnement, la garantie d'une mort tout confort. Le nombre des intéressés augmente.
Noël Martin, un anglais paralysé depuis 11 ans, est attendu par Dignitas pour mettre fin à ses jours le 28 juillet. La nouvelle fait grand bruit en Grande-Bretagne. Source TSR. The Independent dans son édition du 8 mai parle de cette pratique.
La population de Zürich proteste contre ce tourisme de la mort, l'association Dignitas risque aujourd'hui l'expulsion de l'appartement où elle officie. Court reportage RSR. À Berne les politiques sont partagés quant à la nécessité de réglementer, craignant de donner l'impression qu'ils couvrent cette pratique. Court reportage TSR.
Tout cela parce qu'une fois, il y a bien longtemps, un militaire aima sa belle... et l'histoire tourna au drame !
Bande annonce du film Exit de Fernand Melgar.
L'histoire de Jean.
25 ans d'EXIT: 1982-2007.
Photo TSR.
Notes
[1] Attention il ne s'agit pas d'euthanasie mais de suicide assisté, la personne doit être capable de prendre elle-même la potion létale prescrite par le médecin.
