jaquet

La Chaux-de-Fonds le 4 avril 1756. Imaginez deux chariots, contenant un vrai trésor fruit de plusieurs années de travail: six pendules d'une précision rare dont deux pourvues d'automates, le tout en pièces détachées soigneusement enveloppées et calées entre bagages et provisions pour trois accompagnants. Destination Madrid, la cour du Roi Ferdinand VI. Le chef de l'expédition est Pierre Jaquet-Droz. Après des études de philosophie, mathématiques, physique et théologie, il s'est acquis une solide réputation d'horloger-mécanicien. Il s'est aussi constitué un réseau de gens compétents et influents dont Josué Robert dit "horloger du roi de Prusse" et Lord George Keith dit Milord Maréchal, gouverneur de la principauté de Neuchâtel et aristocrate écossais. Il est prêt à conquérir l'Europe.

Nous sommes à l'époque des Lumières, il y a en Europe un grand intérêt pour le luxe, la nouveauté, l'argent est là pour qui sait frapper aux bonnes portes. La porte sera celle de Ferdinand VI. Mais l'expédition est risquée, périlleuse. Outre les dangers du voyage, il s'agit d'un coup d'audace car Jaquet-Droz n'a aucune garantie d'être reçu à la cour d'Espagne. Ce coup d'audace s'avérera un coup de maître. La réussite est totale, il vend ses pendules, c'est un homme riche et illustre qui rentre à la Tchaux et son rayonnement international ne cessera de croître.

Le génie de Pierre Jaquet-Droz est de sentir ce qui est dans l'air, ce qui fait rêver: l'utopie de l'androïde, homme-machine incarné, ancêtre du robot. En même temps qu'il assure le suivi de la production traditionnelle garante de rentrées continues d'argent, il réoriente son équipe de l'horlogerie vers les automates et dirige la construction d'un groupe d'androïdes. Leur exposition itinérante à travers toute l'Europe, Paris, Bruxelles, Londres, Kazan, Madrid, l'Autriche, l'Allemagne, le Danemark assure à Pierre Jaquet-Droz une ultime consécration avant qu'il passe le relais à son fils. Il n'a plus besoin de voyager, ce sont maintenant les grands de ce monde, aristocrates et lettrés qui viennent le voir. Il meurt chez sa soeur à Bienne en 1790.

Sources: "Biographies neuchâteloises" Tome 1 et Memo