L'histoire se passe dans le regio-express reliant Bienne à la Chaux-de-Fonds. Abandonnés ici ou là un "Matin Bleu", "20 Minutes" et "20 Minuten", le Röstigraben n'est pas loin ;-) Passagers silencieux, sauf à l'autre bout du wagon (voiture), une dame à forte voix détaille les insignifiances de sa vie, nullement découragée par le non répondant évident de sa voisine.

Mi amusés, mi agacés les autres usagers subissent ce déballage impudique. La dame se déplace, je l'observe. Entre deux âges elle a enveloppé sa taille confortable dans un manteau sans forme. Gros bas, chaussures de marche genre de celles que l'on réserve pour la torrée dans les pâturages, bonnet et moufles. Rien de misérable, juste un look d'enfant d'autrefois.

Interpellant maintenant les passagers, elle demande 2 francs pour aller boire un café à Bienne. Face aux silences gênés elle insiste: "Regardez dans votre porte-monnaie si vous avez 2 francs!". Quelqu'un lui fait remarquer que 2 francs c'est largement insuffisant pour un café, mais la dame connaît très bien le prix du café, il lui manque juste 2 francs pour son café-croissant. Les voyageurs observent le spectacle, s'observant l'un l'autre se demandant lequel ouvrira son porte-monnaie.

Une passagère arrive et s'assoit, ne sachant rien du petit jeu en cours. Immédiatement la voilà interpellée: "Bonjour Madame, vous pouvez me donner 2 francs pour aller boire un café à Bienne?" Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde la nouvelle arrivée sort les 2 francs demandés, et après quelques considérations sur la neige et l'hiver qui n'en finit pas, souhaite bon voyage à la quémandeuse. La perspective d'un café a calmé le jeu, un silence méditatif règne dans le train.

Il y a ce qui se dit, ce qui se met, ce qui se fait. Et chacun entre dans le moule, veille à ce qu'il dit, s'habille selon ce qui se met, agit selon ce qui se fait.

Vient une dame qui dit ce qu'elle pense, s'habille selon son envie, agit selon la nécessité du moment. Une dame un peu "simple" dit-on. Ou plutôt... une dame libre?