Décembre 1529. Un bateau, parti de la rive opposée du lac, cingle vers celle que nous habitons. Sur ce bateau un chétif français de petite taille, le teint brûlé par le soleil, portant quelques touffes de barbe rousse. Mais cet homme sans apparence cache un tempérament de feu. Il vient au nom de Jésus son Seigneur prendre possession de la terre de Neuchâtel. Vous avez reconnu notre père Farel!

Le bateau passe devant la ville et se dirige vers Serrières, point d'attaque choisi par le Réformateur. En effet il avait appris qu'Emer Beynon, curé de Serrières, "avait quelque goût pour l'Evangile". Autre avantage, la cure de Serrières dépendait alors pour le spirituel, non de Neuchâtel, mais de Bienne, ville qui venait de passer à la Réforme. Serrières faisait donc l'effet d'une brèche ouverte à l'Evangile par la Providence.

Maître Emer reçoit son visiteur avec joie, mais son embarras est grand. Farel est interdit de prédication dans toutes les églises du comté, et Beynon ne se sent pas le courage de lui offrir sa chaire. Mais s'il est interdit que Farel prêche dans l'église, il ne l'est pas qu'il prêche devant l'église. C'est ainsi que dans le cimetière qui entoure le temple, Farel monte sur une pierre et de là, prêche à la foule.

A l'ouïe de la prédication de Farel à Serrières, immense rumeur à Neuchâtel. Les bourgeois accourent de la ville pour l'entendre. Les chanoines et le clergé catholique s'émeuvent et cherchent les moyens de réprimer le mouvement qui se lève. Ils mettraient volontiers la main sur Farel, mais la crainte des seigneurs de Berne les fait hésiter. Pendant qu'ils délibèrent, les bourgeois entraînent Farel à Neuchâtel : "Venez, lui disent-ils, prêchez-nous "en ville". Entouré de ses nouveaux amis, Farel entre en ville et c'est à la Croix-du-Marché en plein air, qu'il donne son premier sermon à Neuchâtel.

A Serrières, la pierre que l'on dit avoir servi de chaire au Réformateur existe encore. Elle a été introduite en 1829 dans la muraille du temple avec cette inscription en vers (voir photo):

"C'est dans ce lieu sacré sous la voute des Cieux, que de notre pays, Réformateur heureux, Farel a commencé d'annoncer l'Evangile. D'auditeurs attentifs il peuploit cet azyle. Puisse son zèle ardent, tout-puissant sur les coeurs, revivre dans ses..." La suite illisible, derrière les géraniums.

Source: Histoire de la Réformation et du Refuge dans le pays de Neuchâtel par F. Godet, pasteur Edité en 1859 à Neuchâtel TROISIEME CONFERENCE LA REFORMATION DANS LA VILLE

Mais cette version des choses tient sans doute plus de la légende que de la réalité.